Petit territoire densément peuplé et fortement urbanisé, l'Alsace s'étend au carrefour des cultures romane et germanique, entre Vosges et Rhin. Le grand fleuve fit de l'Alsace une province militaire romaine, face aux Barbares, puis le centre de gravité politique, culturel et artistique du Saint Empire romain germanique, un foyer de l'art gothique et de l'humanisme, doublé d'une région agricole prospère grâce à son commerce. Si l'Alsace est française de raison et de coeur depuis plus de quatre siècles, en dépit des intermèdes de rattachement à l'Allemagne (1871-1918 et 1940-1945), son cadre physique comme ses traditions l'inscrivent donc dans l'espace rhénan. Une position clef au coeur de l'Europe en construction et un atout touristique : l'architecture villageoise et ses colombages, la pluralité religieuse, l'éclectisme architectural des villes ou encore l'usage courant du dialecte font tout le charme de l'Alsace et sa singularité aux yeux des Français « de l'intérieur ».
©Richard Kleinschmager
Depuis l'Antiquité, le Rhin et les Vosges ont joué le rôle de frontières culturelles et politiques et valu au territoire qu'ils délimitent une histoire particulièrement mouvementée. Ainsi, le récent rapprochement franco-allemand et la construction européenne ne sauraient faire oublier que l'Alsace a longtemps fait l'enjeu de rivalités féroces et qu'elle a changé plusieurs fois de nationalité.
DU PALÉOLITHIQUE AUX CELTES
Les plus anciens témoignages d'une présence humaine en Alsace sont certainement ceux qu'a révélés l'exploitation du loess à Achenheim et Hangenbieten (Bas-Rhin) : des outils taillés il y a 600 000 ans. Les hommes du néolithique (à partir de 5300 avant notre ère) et ceux de l'âge des métaux (de 2200 au Ier s. av. J.-C.) ont laissé de nombreuses traces de leur présence dans la région : longues maisons rectangulaires en bois et torchis du néolithique à Reichstett, Bischoffsheim, Colmar et Sierentz, tombes de l'âge du bronze dans la région de Haguenau. Comme l'ensemble des vallées supérieures du Rhin et du Danube, la plaine d'Alsace voit aussi s'épanouir la civilisation celtique, à la fin du VIIe siècle av. J.-C. L'ALSACE ROMAINE Au Ier siècle av. J.-C., une invasion suève suscite l'intervention de Rome. Quand, en 58 av. J.-C., Jules César bat Arioviste, le chef de ces mercenaires germains qui se sont rendus maîtres de la région, l'Alsace devient romaine. Du mélange des tribus gauloises locales (Séquanes et Leuques dans le Sud, Médiomatriques dans le Nord) avec des populations venues de régions déjà romanisées naît une intéressante civilisation régionale. L'Alsace doit aux Romains son réseau de routes, son cadastre et la création de cités (telle Brocomagnus, l'actuelle Brumath, capitale civile de l'Alsace antique) et de camps militaires comme Tres Tabernae (Saverne) et surtout Argentoratum (Strasbourg, vers 12 av. J.-C.). Ces castra sont établis sur le limes, frontière défensive contre les "Barbares" bientôt matérialisée par le Rhin. Les besoins de l'armée favorisent l'essor de l'artisanat et de l'agriculture, et la viticulture est introduite au Ier siècle de notre ère.
GERMANISATION ET CHRISTIANISATION
À partir du IIIe siècle, les incursions des Alamans et des Francs se multiplient. En 406-407, le limes cède : les Alamans s'emparent d'une partie de l'Alsace et la germanisent en lui imposant leur marque, notamment leur langue, l'alémanique. Quand ils sont vaincus par Clovis, à la fin du Ve siècle, toute la contrée est incorporée au royaume franc. Les Francs y établissent des garnisons et des colons, et ils favorisent l'expansion du christianisme en fondant des monastères et en recrutant des évêques parmi l'aristocratie gallo-romaine et franque. LE DUCHÉ D'ALSACE Première esquisse d'une unité régionale, l'Alsace constitue, de 640 environ à 740, le centre d'un duché au sein du royaume mérovingien d'Austrasie. Le 3e duc, Adalric ou Etichon, est le père de sainte Odile, la patronne de l'Alsace, et ses autres descendants formeront l'illustre famille des Etichonides. Les Carolingiens partagent le duché en deux comtés : le Nordgau, attribué à l'évêque de Strasbourg, et le Sundgau, dévolu à celui de Bâle. La prospérité carolingienne se traduit par l'exceptionnel rayonnement des abbayes, celle de Murbach en particulier.
L'ALSACE DANS LE SAINT EMPIRE
À l'issue des partages de l'empire de Charlemagne, l'Alsace est rattachée au royaume de Francie orientale, la future Germanie (et le restera pendant près de 700 ans), puis au Saint Empire romain germanique. Les Hohenstaufen, qui gouvernent de 1138 à 1254 le royaume d'Allemagne, centre de gravité du Saint Empire, manifestent une sollicitude bénéfique pour l'Alsace. C'est en particulier le cas de Frédéric Ier Barberousse (1155-1190), qui fait bâtir un palais à Haguenau et l'église Sainte-Foy de Sélestat. Frédéric II (1220-1250) accorde leurs premières franchises et le droit de s'entourer de murs à Sélestat, Colmar et Mulhouse.
L'ÉMIETTEMENT DU POUVOIR FÉODAL
L'extinction des Hohenstaufen, en 1254, favorise le morcellement de l'Alsace. L'évêque de Strasbourg contrôle des seigneuries dans les Vosges du Nord et dans la région de Rouffach. Le comte de Ferrette devient maître du Sundgau, avant que, par la vertu des héritages, ses possessions ne passent en 1324 aux comtes de Habsbourg, ducs d'Autriche et landgraves de Haute- Alsace. Ces derniers font d'Ensisheim la capitale de leurs propriétés alsaciennes.
L'ESSOR DES VILLES
En 1353-1354, l'empereur Charles IV fonde la Décapole, association politico-militaire de dix villes dotées d'une large autonomie (Haguenau, Obernai, Wissembourg, Sélestat, Rosheim, Turckheim, Colmar, Munster, Kaysersberg et Mulhouse). Cette ligue perdurera jusqu'au XVIIe siècle, mais Mulhouse la quittera dès 1515 pour se rapprocher de la Suisse. Strasbourg, qui s'est émancipée de la tutelle de son évêque en 1262, forme une petite république admirée d'Érasme, où corporations et patriciens se partagent le pouvoir. Seules les villes sont relativement épargnées par les fléaux qui s'abattent sur l'Alsace à la fin du Moyen Âge : la peste noire en 1349 et les invasions liées à la guerre de Cent Ans, dont celles des "Anglais" en 1365, des routiers en 1375 et des Armagnacs dans la première moitié du XVe siècle.
UN FOYER DE L'HUMANISME RHÉNAN
Après ces crises, l'Alsace connaît une prospérité matérielle sans précédent et un développement culturel exceptionnel, celui de l'humanisme. Strasbourg devient l'une des capitales européennes du livre imprimé. Gutenberg y séjourne en 1434 et 1444, avant que la célèbre Bible latine à 42 lignes soit publiée à Mayence en 1455. Bientôt, Colmar, Sélestat et Haguenau se consacrent aussi à l'imprimerie. L'École latine de Sélestat forme de grands esprits, tel Beatus Rhenanus, et jouit d'un vaste rayonnement du milieu du XVe siècle au début du XVIe. LA RÉFORME La grande affaire intellectuelle de ce temps, que l'imprimerie contribuera à diffuser, est la Réforme, prêchée à partir de 1517 par Martin Luther. Martin Bucer (1491-1551), un ancien dominicain ami de Luther et de Calvin, en est le chef de file en Alsace. La cathédrale de Strasbourg est affectée au culte réformé et la ville devient un refuge pour les protestants persécutés en France, aux Pays-Bas et en Angleterre. Wissembourg, Munster et Colmar passent à la Réforme, tout comme la plupart des seigneurs du nord de la région, tels les Hanau-Lichtenberg. La célèbre paix d'Augsbourg, signée en 1555, épargne une guerre de religion à l'Alsace en imposant le principe de l'assujettissement des populations à la confession de leur prince, mais elle complique encore la mosaïque des pouvoirs. À partir de 1570, la Contre-Réforme habsbourgeoise prend appui sur les Jésuites, dont le collège de Molsheim deviendra une université épiscopale en 1618.
UNE GRANDE VITALITÉ ÉCONOMIQUE
L'Alsace a beau être l'une des régions les plus peuplées d'Europe, avec près de 30 habitants au km2, elle n'en connaît pas moins une prospérité remarquable, grâce à sa production agricole (céréales et vin, notamment), ses mines d'argent, son artisanat et son commerce. Cette richesse transparaît dans la qualité des grandes demeures bourgeoises, telles la maison Kammerzell à Strasbourg et la maison des Têtes à Colmar. le XVIIe siècle
LA GUERRE DE TRENTE ANS
Cet épanouissement ne va pas durer. En 1621, l'Alsace devient l'un des principaux théâtres de la guerre de Trente Ans. Ce conflit entre les princes protestants et l'autorité catholique du Saint Empire, qui a dégénéré en guerre européenne (1618-1648), lui fait perdre la moitié de sa population. Suédois, Lorrains, Français et Allemands la dévastent à tour de rôle pour l'un ou l'autre camp, jusqu'à ce que les traités de Westphalie octroient, en 1648, les possessions alsaciennes des Habsbourg à la France. Seule Mulhouse demeure une enclave indépendante, proche de la Confédération helvétique.
L'ALSACE FRANÇAISE
Louis XIV peut alors affirmer sa mainmise sur le reste de la région. Le 5 janvier 1675, à Turckheim, Turenne bat les troupes impériales, qui ont franchi le Rhin. La Décapole est dissoute en 1679. La ville libre de Strasbourg capitule le 30 septembre 1681, et sa cathédrale est rendue au rite catholique. Le traité de Ryswick (1697) fait du Rhin la frontière entre la France et l'Allemagne, même si, appliquant l'injonction du souverain "Ne touchez pas aux choses d'Alsace", les autorités françaises maintiennent l'essentiel des institutions civiles et religieuses locales et n'imposent pas l'usage du français. Bien entendu, le catholicisme est favorisé, ce qu'illustre la singulière pratique du simultaneum : dans une localité protestante où résident au moins sept familles catholiques, ces dernières peuvent utiliser le temple. L'efficacité de l'administration royale, qui met fin aux désordres et à la multiplicité des pouvoirs antérieurs, facilite l'adhésion des populations à leur nouvelle appartenance. le XVIIIe siècle
LE RENOUVEAU
Avec le XVIIIe siècle s'ouvre une période de paix et de relative aisance. Les forteresses de Strasbourg, Landau, Fort-Louis, Neuf-Brisach, Huningue et Belfort, conçues par Vauban, épargneront longtemps la guerre à l'Alsace. Colmar devient la capitale judiciaire de la province en accueillant le Conseil souverain, tandis qu'un certain développement industriel s'amorce avec la manufacture textile de Logelbach dans les années 1770. Grossie par l'afflux d'immigrants en provenance de Suisse, d'Allemagne et de la Lorraine voisine, la population de Strasbourg atteint 50000 habitants. Siège de l'intendant du roi, la ville devient la capitale politique et administrative de la province, et le palais des Rohan matérialise la puissance retrouvée de ses princes-évêques. Le renouveau catholique s'exprime aussi dans des constructions prestigieuses : l'église Notre-Dame de Guebwiller, due au dernier abbé de Murbach, l'église conventuelle d'Ebersmunster et la chapelle du collège des Jésuites à Colmar. Le développement industriel s'affirme avec les ateliers métallurgiques des barons de Dietrich à Niederbronn et Reichshoffen, dans le nord de la contrée, et avec les fabriques textiles des vallées vosgiennes. Le développement des voies de communication, mené par les intendants avec l'aide des ingénieurs des Ponts et Chaussées, permet à la province de compter 2 000km de bonnes routes vers la fin du XVIIIe siècle. Les céréales restent la production agricole n°1, avec la pomme de terre, cultivée depuis 1700 dans la plaine. Quelques cultures industrielles (tabac, chanvre, colza et garance pour la teinture des tissus) prennent cependant leur essor. Dans les villages se maintient, voire s'accentue, le clivage entre les laboureurs aux grandes fermes cossues, qui dirigent les instances communales, et les manouvriers, qui ne disposent que d'une maisonnette sans étage et de maigres lopins. L'Église catholique détient un quart des terres, les seigneurs et les bourgeois en possèdent près d'un autre quart.
LA RÉVOLUTION FRANÇAISE : VERS L'UNITÉ RÉGIONALE ET L'ÉGALITÉ CIVIQUE
En juillet 1789, l'agitation est vive dans les campagnes autour des châteaux et des abbayes, dont beaucoup sont pillés. À Strasbourg, l'assaut de l'hôtel de ville, le 21 juillet, fait écho à la prise de la Bastille, et des milliers de Strasbourgeois participent à la fête de la Fédération du Rhin le 13 juin 1790. Mais, en 1793, la Terreur, menée dans le Bas-Rhin par un ancien moine franciscain, Euloge Schneider, modère l'adhésion populaire à la cause révolutionnaire, d'autant qu'elle s'accompagne d'une interdiction du dialecte et de toute vie religieuse. La Révolution transforme la société alsacienne et marque une double rupture avec le système monarchique et les restes du système impérial germanique. L'empreinte sera indélébile : égalité civique pour les juifs et les protestants, abolition des corporations, vente des biens du clergé, création des départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Les seigneurs ont, pour la plupart, émigré en Allemagne après l'abolition de leurs privilèges, et leurs terres, comme celles de l'Église, reviennent aux paysans par le partage des biens communaux ou l'acquisition des biens nationaux. L'unité de l'Alsace est achevée quand la ville de Mulhouse défait son lien avec la Suisse et intègre le département du Haut-Rhin, en 1798.
L'INTÉGRATION NATIONALE
Le Consulat consolide l'adhésion des populations locales aux valeurs républicaines. Puis le Concordat signé par Napoléon Ier en 1801 et les articles organiques de 1802 mettent un terme aux luttes religieuses. Toute l'Alsace catholique est réunie en un seul diocèse, tandis que les Églises réformées et la communauté israélite sont dotées d'une organisation consistoriale. Des préfets sont placés à la tête des deux départements, découpés en arrondissements et en cantons (33 dans le Bas-Rhin et 29 dans le Haut-Rhin). La première école normale d'instituteurs de France est fondée en 1810 à Strasbourg. La mystique napoléonienne, associée aux victoires des armées impériales, auxquelles l'Alsace fournit près de 45 000 hommes et des généraux valeureux, tels Lefebvre et Rapp, renforce l'intégration de la province à la France. Le prestige de l'Empereur bénéficiera à son neveu, Louis Napoléon : en décembre 1851, 205 000 voix alsaciennes approuvent le rétablissement de l'Empire et seulement 15 000 s'y opposent.
L'INDUSTRIALISATION S'ACCÉLÈRE
Le canal du Rhône au Rhin est achevé en 1834 et celui de la Marne au Rhin en 1853. Le chemin de fer relie Mulhouse à Thann en 1839 et Strasbourg à Bâle en 1844. L'industrialisation du textile s'accélère dans les années 1820, en particulier à Mulhouse sous l'impulsion des familles Dollfus, Koechlin et Mieg. Si la naissance de la classe ouvrière alsacienne est marquée par le travail des enfants, les patrons mulhousiens s'efforcent d'alléger sa misère en créant des cités ouvrières et en instaurant des mesures de protection sociale - destinées aussi à contrecarrer l'essor du syndicalisme.
L'ANNEXION À L'ALLEMAGNE
La guerre déclarée par Napoléon III au roi de Prusse, le 19 juillet 1870, se traduit par des défaites françaises, d'abord en terre alsacienne, le 4 août à Wissembourg et le 6 août à Froeschwiller. Strasbourg, assiégée, capitule le 28 septembre. L'annexion de l'Alsace, qui est associée à la Moselle pour former le Reichsland ("terre d'Empire") d'Alsace-Lorraine, parachève l'unité allemande. Le traité de Francfort du 10 mai 1871 reconnaissant à ses résidents le droit d'opter pour la nationalité française, 128 000 personnes quittent la zone annexée avant novembre 1872, tandis que 200 000 Vieux-Allemands immigrent en Alsace.
L'ALSACE WILHELMINIENNE
L'Alsace-Lorraine est placée sous l'autorité d'un Statthalter (représentant de l'empereur) en 1879. Puis une certaine autonomie législative est accordée à des instances élues, en particulier le Landtag (Parlement régional) à partir de 1911. Un système très avancé de protection sociale couvrant l'invalidité, la maladie et les retraites est mis en place dès 1884. Il est à l'origine du "régime local de sécurité sociale" encore en vigueur aujourd'hui. Au cours de cette période, l'industrialisation se poursuit avec le développement du textile surtout, mais aussi de la métallurgie et de la mécanique, même si nombre d'entreprises se dédoublent en installant des succursales en France pour conserver leurs marchés. Les villes enregistrent une expansion exceptionnelle, en particulier Strasbourg, dont la population passe de 85 000 habitants en 1870 à 180 000 en 1910. La ville, devenue capitale du Reichsland Elsass-Lothringen, se modernise avec la création de transports en commun, d'un habitat social et d'un dispositif inédit d'indemnisation du chômage. Dès la fin des années 1870, les autorités entreprennent, en outre, la construction d'une Neustadt (ville nouvelle) située au nord-est de l'ancienne et d'une superficie équivalente à celle-ci, en même temps que sont abattues les fortifications. En 1872 est créée l'Université impériale wilhelminienne, qui, comme nombre de réalisations de l'époque, se veut une vitrine de la culture germanique en terre alsacienne. L'École, devenue obligatoire, impose la langue allemande, sauf dans les zones à majorité francophone, comme la vallée de la Bruche. Le service militaire, lui aussi obligatoire à partir de 1872, contribue également à une germanisation, à certains égards modérée. Le droit français est, en effet, maintenu comme droit local jusqu'en 1900. le XXe siècle
LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE
Elle soumet 220 000 Alsaciens-Lorrains à la mobilisation dans l'armée allemande. En haute Alsace, le front des Vosges est le théâtre de terribles affrontements autour du Linge, qui domine la vallée de Munster, et surtout du Hartmannswillerskopf (Vieil-Armand), au-dessus de la vallée de Thann. Les troupes françaises, victorieuses, sont accueillies dans la liesse populaire du 16 au 27 novembre 1918, et leur entrée en Alsace met fin à quatre années de misère noire, de pénurie et d'intimidation des populations. On a pu parler d'"éblouissement tricolore" des Alsaciens au moment de ces retrouvailles avec la France.
L'ENTRE-DEUX-GUERRES
Dans l'immédiat après-guerre, les réalités locales ne sont pas toujours bien comprises des fonctionnaires français nommés dans la région. La méconnaissance du français compromet la poursuite de leur carrière pour les adultes et, à l'école, la méthode directe d'immersion dans cette langue, dont la plupart des enfants ne parlent pas un mot, se révèle inadaptée. À partir de 1924, la politique d'assimilation menée par le radical-socialiste Édouard Herriot suscite la protestation des 13 députés alsaciens, et le gouvernement doit renoncer à abolir le statut confessionnel et scolaire particulier de l'Alsace-Lorraine. La crise s'apaise, mais n'en provoque pas moins un réflexe identitaire, et un mouvement autonomiste voit le jour. En 1932, onze des seize députés alsaciens se réclament du Volksfront (Front du peuple).
LA SECONDE GUERRE MONDIALE
C'est l'une des épreuves les plus difficiles jamais infligées à l'Alsace. Elle commence par l'évacuation vers le Sud-Ouest de près de 430 000 personnes de 181 communes proches de la frontière, dont Strasbourg. Après la défaite française de juin 1940, l'Alsace est annexée par Hitler et associée au pays de Bade pour former le Gau Oberrhein (province du Rhin- Supérieur), avec Strasbourg pour la capitale. Les Alsaciens, considérés comme Volksdeutschen (Allemands de souche), sont soumis à une politique brutale d'intégration dans le IIIe Reich nazi. Plusieurs milliers d'Alsaciens-Lorrains, soupçonnés de sentiments francophiles, sont violemment expulsés vers la France. L'un des aspects les plus cruels de cette politique est l'incorporation de force dans l'armée allemande de 130 000 hommes de dix-huit à trente ans, envoyés le plus souvent sur le front oriental, en Russie surtout. Un camp d'internement est ouvert près de Schirmeck dès juillet 1940. Il est doublé d'un camp de concentration tenu par les SS, le Struthof, près de Natzwiller, où périront plusieurs milliers de déportés. Malgré la surveillance exercée sur la population, des réseaux de résistance s'organisent, notamment pour faciliter le passage à travers les Vosges des prisonniers de guerre évadés ou fournir des renseignements aux Alliés et à la Résistance française. Les Juifs alsaciens sont expulsés et leurs biens confisqués. Près de 5 000 d'entre eux (un sur 10) disparaîtront dans les camps d'extermination nazis. Les combats de la fin de la guerre sont rudes. De Lattre occupe Mulhouse le 21 novembre 1944 et Leclerc et la 2e D.B. reprennent Strasbourg le 23. La contre-offensive allemande de janvier 1945 paraît tout remettre en cause : les Allemands réoccupent le nord de la région et arrivent aux portes de Strasbourg le 21 janvier. Contre l'avis des Américains, de Gaulle refuse d'évacuer Strasbourg, et il remporte le pari de tenir la ville avec des moyens français. Une grande offensive franco-américaine assure la libération définitive de l'Alsace le 19 mars. Plus de 50 000 Alsaciens ont péri au cours du conflit, et les dégâts matériels sont considérables. La région, qui a changé quatre fois d'appartenance nationale en trois quarts de siècle, aspire à une paix durable.
Après guerre, le souci d'apaiser durablement les relations franco-allemandes anime les esprits en Alsace plus qu'ailleurs. Le choix de Strasbourg comme siège d'institutions européennes aussi importantes que le Conseil de l'Europe, dès 1949, et plus tard du Parlement européen récompense cette préoccupation, de même que la réconciliation franco-allemande scellée par Konrad Adenauer et Charles de Gaulle en 1963. Sur le plan politique, les partis de droite dominent le paysage local. Si le MRP (Mouvement républicain populaire, centriste) de Pierre Pflimlin joue un rôle de premier plan au lendemain de la guerre, la région va exprimer son attachement au général de Gaulle en demeurant un bastion gaulliste tout au long de sa mandature (1958-1969). À partir de 1973, les centristes reprennent la main, ce qui leur permet de contrôler les deux conseils généraux et le conseil régional. Le Parti socialiste, souvent associé aux Verts, s'installe plus particulièrement dans les villes à la fin des années 1980, notamment à Strasbourg, avec Catherine Trautmann, et à Mulhouse, avec Jean-Marie Bockel. Quant au Front national, il bénéficie de l'érosion des droites traditionnelles dans les années 1990. Une prospérité économique certaine, favorisée par d'importants investissements étrangers, est la toile de fond de la seconde moitié du XXe siècle. Il reste à concevoir celle du nouveau siècle.
- Les fêtes de Noël : la Saint-Nicolas, les marchés de Noël dans toute l'Alsace
- La gastronomie traditionnelle
L'Alsace s'étend du sud au nord le long du Rhin qui la borde à l'est. L'Alsace est la plus petite des 22 régions françaises.
Les paysages d'Alsace doivent leur beauté et leur diversité, surprenante pour une superficie de seulement 8 280 km², à une histoire naturelle mouvementée.
Un effondrement du relief d'Alsace, il y a 30 millions d'années environ, donna naissance au vaste fossé de direction sud-nord qui sépare deux ensembles montagneux, les Vosges à l'ouest et la Forêt-Noire à l'est. Ce rift, érodé, envahi par la mer et peu à peu comblé par des dépôts marneux et calcaires, accueillit plus tard le cours du Rhin, dont les dépôts alluvionnaires ont fait la richesse agricole du monde rhénan.
On distingue donc en Alsace, d'est en ouest, la plaine rhénane, la montagne vosgienne et le piémont, qui forme un gradin entre les deux. Partie basse du fossé rhénan, la plaine d'Alsace s'étend sur environ 30 km de large et plus de 160 km de long, entre les frontières allemande et suisse. Les mouvements tectoniques, qui n'ont jamais cessé, font peser sur elle un risque sismique non négligeable. En dépit d'une unité apparente, elle présente trois grands types de paysage : la forêt rhénane et les rieds, la forêt sèche, et les riches zones loessiques (limon calcaire réduit en poussière).
L'Alsace ne possède que le versant oriental des Vosges, le moins étendu mais le plus impressionnant. Le massif culmine, en effet, à 1424 m au Grand Ballon, une vieille montagne granitique relevée lors de la surrection des Alpes. Balayés par de violents vents d'ouest, les sommets érodés des Vosges d'Alsace sont tapissés de pelouses et de landes, appelées localement hautes chaumes où les troupeaux montent traditionnellement paître l'été. Au-dessous se déploient de majestueuses forêts.
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